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LES ENTREVUES ÉPICÉES 🌶: ABDOULAYE BIO-TCHANÉ 🇧🇯

written by Al Hayyath January 16, 2017

Si vous êtes nouveau sur “Plein d’épices”, les “entrevues épicées” sont mes échanges avec des personnes que je considère comme intéressantes et influentes, oeuvrant pour le rayonnement de notre pays et de l’Afrique dans tous les domaines (arts, culture, musique, cuisine, politique, médias etc).

Pour ma deuxième “entrevue épicée”, j’ai réussi un véritable exploit! Faire asseoir le Ministre d’État chargé du plan et développement, M. Abdoulaye Bio-Tchané, pour une interview pas comme les autres. Je me suis entretenue avec l’homme de carrière, mais je tenais aussi à vous faire découvrir mon oncle. Les deux sont la même personne; pourtant beaucoup ne connaissent que le premier. Au delà de ses compétences professionnelles et de son illustre parcours (Ministre, Directeur Afrique du Fonds Monétaire International,  Président de la BOAD, Président du Conseil d’Administration du Fonds Africain de Garantie etc.), il est un oncle, un père et un grand-père aimant, dont l’humour n’a d’égal que celui de mon père, son frère. Leur répartie me laisse très souvent au bord des larmes. Cet humour qu’ils partagent et le fait qu’ils aient tous les deux fait carrière en Finance, ne sont que des manifestations, parmi tant d’autres, des liens spéciaux, forts et purs qui les unissent. Je n’ai jamais rien vu de pareil et je pense sincèrement qu’il n’en existe pas beaucoup. Durant mon échange avec mon oncle, nous avons parlé de son enfance, de ses années universitaires et il a aussi partagé avec moi, sa sagesse sur quelques sujets pertinents. Vous allez adorer: une entrevue mini-biographique, drôle et éducative à la fois!

AHBT: Nous connaissons tous Abdoulaye Bio-Tchané, l’homme de carrière. Aujourd’hui, je m’intéresse au jeune enfant que vous avez été. Pourriez-vous le décrire?

ABT: Merci beaucoup pour cette opportunité. Je suis content de participer à cette “entrevue épicée” (rires). J’ai eu une enfance vraiment heureuse, entouré de gens qui m’aimaient et que j’aimais: mes parents, mes frères et soeurs. Nous sommes une grande fratrie, quinze au total. Huit soeurs et sept frères, qui ont grandi avec des liens solides restés à ce jour, dans des cadres en général très merveilleux: notre petite enfance à Djougou, puis ensuite les voyages. Nous avons beaucoup voyagé avec nos parents, lorsque j’étais petit. Nous avons connu des endroits comme Tanguiéta, la Pendjari, Kétou, Porto Novo, le lac Ahémé. D’ailleurs, ma première colonie, la seule colonie à laquelle j’ai participé était sur le Lac Ahémé. Franchement, (rires), je suis très nostalgique de cette période.

AHBT: Un poète français, Gabriel-Marie Legouvé a dit: “Derrière chaque grand homme se cache une femme”. Je pense que c’est vrai mais je crois aussi fortement qu’il y a très souvent un autre grand Homme. Je fais ici référence à votre Père, mon grand-père. Que retenez-vous de lui?

ABT: (Silence)… (Note personnelle: Je peux clairement voir l’étonnement et l’émotion que cette question suscite chez mon oncle). Beaucoup de choses! En fait, aussi bizarre que cela peut être, c’est quand mon père est mort que j’ai encore plus valorisé ses enseignements; par exemple, ma foi et ma pratique réligieuse. Comme notre père était éducateur, il nous a enseigné beaucoup de choses sans aucune brutalité, sans aucune violence. C’est pour cela que lorsque vous regardez la plupart des membres de notre famille, le trait qui nous caractérise, c’est le calme, ce n’est pas la violence et nous le tenons de notre père. Vous pouvez faire prévaloir vos idées, vos enseignements sans violenter les autres. Ma foi, mon comportement vis-à-vis des autres, mon comportement sur le lieu du travail! Une des choses que j’ai apprises de lui et que j’essaie d’instiguer à votre génération, à mes enfants et à mes neveux et nièces, c’est: “Fais ce que tu veux faire, mais sois le meilleur! Choisis ce que tu veux faire, mais sois le meilleur!” Il voulait que je sois un médecin, mais je lui ai dit que je n’étais pas doué pour ça. Il m’a dit: “ Qu’est-ce que tu veux faire? ” Je lui ai répondu: “la finance”. Il m’a dit: “Vas-y, mais sois le meilleur! “ C’est cet enseignement que j’essaie de passer aux générations futures. Ce que vous voulez faire n’a aucune espèce d’importance si vous êtes sûrs que c’est le meilleur pour vous! Allez-y, mais assurez-vous, pas seulement de le faire bien ou d’être dans la moyenne mais d’être le Meilleur! Ça met la barre haut hein? (AHBT: Très très haut!)

AHBT:  À part les prédispositions génétiques à une carrière en finance (rires, allusion au fait que mon grand-père a été instituteur, conseiller municipal, député, Ministre de l’Enseignement, puis des Finances etc.), quels sont les autres facteurs qui vous ont poussé dans cette direction? Parce que quand je vous entend parler de finances ou de développement, c’est apparent que ce n’est pas juste une expertise mais surtout une passion.

ABT: Oui, c’est une passion qui vient de ce que l’on a vu ses parents faire, mais aussi de la perception très tôt de ses propres forces et faiblesses. Je me rappelle assez vivement que lorsque j’ai eu mon bac, mon père en ce moment-là voulait que je devienne médecin, et je lui ai dit: “Papa, regarde mes notes en Sciences naturelles et tu verras que je ne suis pas doué pour ça” (rires). Par contre, assez vite, je voulais faire les finances et ma première intention était de m’inscrire dans une école de commerce. Je devais d’abord m’inscrire dans une classe préparatoire, puis après faire le cycle des concours que tout le monde connaît. Malheureusement, je suis arrivé en France à une période où les classes préparatoires avaient déjà un mois de cours et on m’a conseillé tout simplement de m’inscrire en Sciences Économiques; Ce que j’ai fait et j’ai eu une scolarité plus qu’honorable. Donc oui, ce n’est pas seulement génétique (rires). C’est aussi la conscience assez tôt, d’où étaient mes forces. J’ai toujours été très bon en Mathématiques et cela m’a conduit assez vite vers les Finances, une fois que je me suis inscrit en Sciences Économiques.

AHBT: Si vous n’aviez pas fait carrière en finance, quel autre métier auriez-vous rêvé d’exercer et pourquoi? J’ai hâte d’entendre votre réponse!

ABT: J’aurais rêvé être musicien. (AHBT: Ah Oui?) Oui! Je me rappelle très clairement quand j’étais au lycée, j’avais beaucoup d’admiration pour ceux qui prenaient le temps d’aller suivre les classes de musique, de souffler à la trompette, d’aller faire des répétitions. J’ai toujours aimé la musique et peut-être que si je m’étais orienté dans cette direction, je serais devenu un Fela Kuti (rires). J’ai beaucoup d’admiration pour lui. Oui… peut-être… mais cela ne veut pas dire que j’étais doué. Je n’ai peut-être pas choisi cette carrière parce que je n’étais pas assez doué, mais j’aimais la musique et je l’aime toujours d’ailleurs.

AHBT: Qu’est-ce que vous pourriez me révéler sur mon père, dans son enfance, que je ne saurais pas?

ABT: Alors… Mohamed très tôt, s’est révélé être un garçon très intelligent, peut-être même le plus intelligent de la fratrie; mais en même temps assez solidaire, très solidaire. Beaucoup de gens ne le savent pas. C’est quelqu’un qui pense beaucoup aux autres; ce qui fait d’ailleurs que les amis de mon frère ont toujours été des gens plus âgés que lui. (AHBT: Je l’ai aussi remarqué et je n’avais jamais compris.) Il était toujours d’un niveau plus avancé que les gens de sa génération. (AHBT: Ça fait plaisir de l’entendre).

AHBT:  Papa et vous, avez étudié ensemble en France. Aujourd’hui, plus de facilité s’offre aux étudiants à l’étranger. Quelles étaient les difficultés auxquelles vous avez dû faire face dans votre temps?

ABT: Oui, c’est certain qu’aujourd’hui il y a beaucoup plus de facilité, surtout quand on a le background que vous avez, la formation, mais aussi les réseaux des parents. Nous, dans notre temps, nous n’avions pas eu cette chance. C’est vrai que moi j’ai été boursier en arrivant en France, mais la bourse était épisodique. De temps en temps, les gens à Cotonou, se réveillaient et pensaient à vous (rires). On pouvait passer 3 à 4 mois sans bourse, et il fallait s’organiser pour vivre et survivre quotidiennement: payer ses cours, payer sa chambre d’université, payer le transport et manger tout simplement. Donc, j’ai appris très tôt à travailler. C’est vrai qu’à l’époque, le marché du travail n’était pas ce qu’il est aujourd’hui, donc vous aviez des tâches qui étaient très loin de votre curriculum. J’ai été veilleur de nuit, j’ai fait des vendanges, j’ai été déménageur et j’ai travaillé dans une entreprise de transport comme scribe. Mais c’était aussi une sorte de formation pour la vie. Lorsque vous avez fait tout cela, vous comprenez que la vie n’est pas si facile! Pourtant, je ne veux pas m’arrêter à ces aspects, parce qu’avec mes amis sur le campus, et mon frère, nous avions clairement la conscience que c’était une des meilleures périodes de notre vie, et qu’il fallait en profiter (rires).

AHBT: J’imagine que pendant vos années universitaires en France, il était plus difficile de manger “africain”. Y arriviez-vous quand même ou sinon que mangiez-vous?

ABT: C’était assez difficile. Ce n’est pas comme aujourd’hui où vous avez des restaurants africains ou des commerces et vous pouvez aller acheter des ingrédients africains, des épices. À l’époque, c’était plutôt rare et les seules occasions où nous pouvions manger “africain”, c’était quand nous rentrions en vacances en Afrique. Donc oui, après les vacances, nous mangions beaucoup africain, (rires). C’était la suite de ce que nous avions ramené (rires). Mais après, c’était beaucoup plus compliqué. On mangeait ce qu’il y avait sur place en France: du riz, des frites, des pâtes, beaucoup de pâtes (rires); c’est le repas des étudiants (rires). Je connais des gens qui étaient “abonnés” aux pâtes avec une sauce relevée à la sardine (rires), ou une sauce relevée au pilchard, c’était des conserves de poisson avec de la sauce tomate.

AHBT: Est-ce qu’il vous arrivait de cuisiner?

ABT: Oui bien sûr, ma spécialité c’était du riz à la sauce ou du riz au gras. C’était le plus facile à faire.

AHBT: Entre Papa et vous, qui était le meilleur cuisinier?

ABT: Ben, ni l’un, ni l’autre (rires). Nous avions un ami (Paix à son âme!), qui était très bon à la cuisine. Très souvent c’était lui qui était à la cuisine. Mais bon quand il n’était pas là, l’un ou l’autre on s’y mettait.

AHBT: Vos fonctions vous ont permis de voyager à travers le monde. Est-ce qu’il y a un pays ou une ville en particulier, dont la gastronomie a retenu votre attention?

ABT: Une ville qui m’a marqué, c’est une ville qui est complètement à l’Ouest du Canada: Vancouver. Vancouver est une ville qui m’a frappé. J’y suis allée la première fois parce que j’avais une amie qui m’y avait invité. Mais j’ai dû y aller la deuxième fois parce que j’ai été impressionné. Je venais de Washington. Il me fallait prendre un vol jusqu’à Seattle et c’est très long. Pourtant, j’y suis allé et j’ai beaucoup aimé l’atmosphère mais surtout, c’est une ville qui est très verte et l’alimentation, on y mange de tout. Contrairement aux villes américaines et canadiennes comme Montréal et Toronto qui n’ont pas retenu mon attention. Pourtant je suis allé à Pékin et à Shangai, où j’ai mangé chinois et indien, mais ce qui m’a frappé à Vancouver, c’est la cuisine chinoise! (AHBT: Bon, je retiens ça, je vais y aller aussi. Rires).

AHBT: Si vous pouviez inviter deux personnes (vivantes ou mortes, célèbres ou pas, fictives ou réelles) pour 1 repas mémorable, qui inviteriez-vous? Avec ces personnes, vous parleriez de quoi et quel plat vous mangeriez?

ABT: Malheureusement, je ne suis pas un gros mangeur. Donc pour moi, le repas c’est un prétexte pour rencontrer les gens. Par exemple, je mange souvent chez mon frère. Tous les dimanches, on mange de l’igname pilée, c’est la tradition (rires). Mais c’est moins le repas qui m’intéresse, que l’opportunité de voir ces personnes. J’aime être entouré de la famille. J’aime la culture de la famille. François Mitterand et Nelson Mandela sont deux personnes que j’aurais voulu rencontrer et bavarder avec parce qu’ils étaient des hommes de convictions, des hommes de caractère, qui ont su se distinguer par la force de leurs idées et à travers leur lutte dans l’adversité politique. Ils ont été exemplaires sur tous ces points! Mitterand a été fort dans la maladie et était un homme de lettres. Il a d’ailleurs dit: “ Je suis le dernier des grands Présidents. Après moi, il n’y aura que des financiers et des comptables”. (Rires) Il est une véritable source d’inspiration.

AHBT: Grâce aux fonctions de votre père, vous avez eu la chance de vivre au Nord, à Cotonou et à Porto-Novo, quels sont donc vos plats béninois préférés?

ABT: C’est la pâte de cossettes d’igname: le Télibo, accompagné de n’importe quelle sauce.

AHBT: Est-ce que vous avez un dessert préféré qui n’est pas le carré financier? (rires)

ABT: (Rires). Mon dessert préféré c’est le Tiramisu.

AHBT: Que pensez-vous de Plein d’épices?

ABT: Je pense que c’est une excellente initiative, surtout pour quelqu’un qui vit à l’étranger, dans un pays comme le Canada. C’est d’ailleurs une partie de ce que nous professons dans le Bénin Révélé. Révélez aux gens ce qu’est notre culture, cela passe aussi par la culture culinaire. Il ne faut pas donner l’impression aux gens que les africains mangent mal. Ce n’est pas vrai. Les africains mangent bien et sainement. Le seul problème c’est qu’ils n’en ont pas toujours les moyens.

AHBT: Je vous donne 3 périodes de votre vie: Votre enfance, Avant le début de votre carrière et Aujourd’hui. Si je vous dis: salé, sucré, aigre ou épicé. De quelle saveur qualifieriez-vous chacune de ces étapes et pourquoi?

ABT: Mon enfance, sans hésiter, a été sucrée (il l’a décrite un peu plus haut). Mon adolescence, épicée. Quand nous étions au collège, et encore plus tard, quand nous étions à l’université, nous avions clairement la conscience que c’était une bonne période de notre vie, comme je vous disais tout à l’heure. Il fallait voyager, il fallait échanger, il fallait débattre sur la politique, la place de la jeunesse, la décolonisation (de pays comme l’Angola, sous le règne portugais), mais également sur l’environnement international. Nous étions dans un environnement international africain; débattre passionnément de ce qui se passe, comme si c’était de votre propre pays. Ce qui se passait au Burkina, qui était encore la Haute Volta dans le temps, nous intéressait autant que ce qui se passait au Dahomey, parce que nous avions des amis de Haute-Volta. Certains sont aujourd’hui au pouvoir, mais nous débattions de toutes ces choses. Nous avions la Fédération des Étudiants d’Afrique Noire, la FEANF en France, qui était une grosse fédération des étudiants africains où il fallait débattre. Nous avions aussi notre union, l’Union Générale des Étudiants et Élèves Dahoméens, l’UGEED qui était une organisation très solide aussi et qui tenait des débats très intéressants. Donc oui, cette période était très épicée (rires).

Maintenant, (l’étape actuelle de ma vie), est aussi d’une certaine manière épicée parce qu’il y a des défis et ce sont des défis nationaux, qui sont d’une autre nature et pour moi cela se traduit tout simplement. C’est ce qui m’amène à la politique parce que je veux améliorer les conditions de vie de mes compatriotes. C’est ce qui m’anime tous les jours, et ça c’est parfois très épicé! Quand vous allez au village et que vous rencontrez une dame qui vous dit: “Monsieur le Président (Président de mon alliance bien sûr!), voilà les problèmes que j’ai et je compte sur vous.” Cela vous donne un sentiment de responsabilité, un sentiment de défi à relever pour mettre ces choses à la disponibilité de ces personnes. C’est pour cela que dans le PAG (Programme d’Action du Gouvernement), lorsque nous disons que nous voulons donner de l’eau potable à tous les béninois d’ici 2021, cela résonne parce que ça c’est ce que tous les béninois veulent. Lorsque vous allez dans le Bénin profond et que vous demandez aux gens ce qu’ils attendent du gouvernement, la première chose qu’ils vous disent, c’est: “de l’eau!”.

AHBT: Aujourd’hui, beaucoup de jeunes africains aspirent à occuper de hautes fonctions à l’international. Pour vous qui êtes un exemple de réussite, quel type de préparation cela requiert-il?

ABT: Il faut avoir la formation. Dieu Merci, beaucoup d’entre vous y ont plus accès que dans le passé. Mais ce n’est pas tout, il faut se dire qu’aujourd’hui, lorsque vous avez une formation, il y a beaucoup d’autres qui possèdent la même formation. Donc, il faut se démarquer. Il faut avoir soit des formations additionnelles qui vous distinguent des autres, soit des qualités que les autres n’ont pas. Avoir maîtrisé tout simplement un peu plus l’outil informatique et les outils technologiques que les autres, est un bon exemple. Maîtriser la Langue (en est un autre) et dans ces domaines là, c’est l’Anglais. Parler couramment, pouvoir rédiger en Anglais est un atout. Les grandes institutions sont des institutions Anglophones. Quand moi je suis entré la première fois au FMI, on m’a dit que le Fonds Monétaire International était une institution bilingue, mais j’ai su très vite que c’était l’Anglais qui primait et que personne ne serait derrière vous pour vous chuchoter les traductions (rires).

 AHBT: Pour un Leader, qu’est-ce qui est le plus important? La personnalité ou l’expertise? Même si dans votre cas, sans vous jeter des fleurs, les deux jouent en votre faveur.

ABT: Les qualités personnelles de Leadership sont plus importantes que l’expertise. Beaucoup de gens ont l’expérience, la formation et l’expertise, mais beaucoup de gens ne peuvent pas être des Leaders. Il y a beaucoup plus de suiveurs que de Leaders. Mais comme je le dis assez souvent aux gens de votre génération, il faut choisir d’être un Leader. Être Leader, c’est un Choix. Il faut se dire: “Moi je veux diriger les autres. Je veux que les autres me suivent. Je ne veux pas suivre quelqu’un.” Il faut avoir un caractère forgé. Il y a des gens qui sont des Leaders naturels, comme chez la plupart des princes. Mais je dois dire aussi que ce n’est pas forcément inné. Il y a beaucoup d’autres qui sont des Leaders par formation. On prend des cours. Il y a des gens qui la première fois que vous les rencontrez, ils ne sont pas doués, ils ne sont pas équipés pour ça. Mais ils se forment. Ils apprennent ce qu’il faut faire, comment s’organiser, comment prendre des décisions. C’est important. Et il ne faut pas faire la confusion de penser que parce que quelqu’un est en position de Leadership, c’est un Leader.

AHBT: Quelles sont vos prédictions pour le Bénin et pour la génération qui vient après vous (sur tous les plans que vous jugez pertinents) ?

ABT: Je pense que l’avenir sera forcément brillant pour nos pays, si nous savons nous y prendre. C’est sur cette hypothèse que nous bâtissons nos programmes pour le Bénin. Notre programme d’action est basé fondamentalement dessus. L’un des piliers sectoriels, c’est l’innovation et le savoir et nous partons du fait que dans ce pays, les gens cultivent le savoir et l’éducation. Regardez le budget moyen d’une famille béninoise et vous verrez que le plus gros est consacré à l’éducation et à l’instruction. Donc à partir de ce moment-là, si vous maîtrisez l’éducation et que vous investissez dans l’homme, c’est-à-dire la santé (le PAG prévoit la couverture médicale universelle pour tous les béninois d’ici 5 ans), vous pouvez engranger les dividendes démographiques. Nous avons 70% et plus de nos compatriotes qui sont des jeunes. C’est une force si on peut capitaliser dessus. Mais c’est un défi dans le contexte actuel, parce que la plupart d’entre-eux sont au chômage ou au sous-emploi. C’est un problème pour nous. Cela pose des problèmes de sécurité. Mais demain, quand ils auront des perspectives, du travail, ça changera tout. Tout le monde pense que nous ne sommes pas loin de la troisième révolution industrielle. Cette révolution sera basée sur deux choses essentielles: l’économie numérique et l’économie de l’énergie renouvelable. Nous avons le potentiel pour ça, nous les pays africains, sans avoir les défis que constituent le patrimoine qui existe déjà et qu’il faut parfois détruire. Pour installer l’énergie renouvelable dans certains bâtiments en Amérique et en Europe, il faut parfois de la casse et ça coûte cher comparé au fait de partir du néant pour câbler une ville africaine. Donc voilà, Bright Future for your Generation!

Voilà, l’entrevue est maintenant terminée! Nous avons passé un bon moment ensemble, même si j’ai passé un meilleur moment que mon oncle, parce que j’ai beaucoup ri, mais aussi beaucoup appris. J’espère que c’était pareil pour vous!

 

ABT3

 

 

 

 

 

 

 

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1 comment

Mauriac January 17, 2017 at 1:44 am

Très beau travail AHBT.
Bon courage à toi

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